Rue barrée fête les meufs! Le festival de théâtre de rue qui met à l’honneur les créatrices et les actrices… le jour de la fête des pères!

Afin de célébrer dignement la fête des pères en famille, le festival de théâtre Rue barrée est revenu en trombe (mais heureusement pas en trombes d’eau, grâce à un temps finalement clément) pour une édition… spéciale femmes! Des femmes qui barrent la rue, se barrent et s’en tapent… des barres!

Encore une journée pour les meufs! Elles ont déjà la journée des droits de la femme, la fête des grands-mères, la fêtes des mères,… qu’est-ce qu’elle veulent de plus?– Mais ne t’énerve pas mon Gégé! Je t’explique: ce n’est pas seulement une fête pour les femmes, c’est Rue barrée qui fête les femmes! Pour mettre tout simplement en avant leurs talents de créatrices, d’actrices, de réalisatrices, et plein d’autres trucs super en -ice, pour offrir une journée entière de spectacles à tout le monde. Tu comprends?– Moi, ce que je vois, c’est qu’elles ont choisi le jour de la fête des pères! Si c’est pas de la provoc ça!!
– Mais pas du tout, au contraire, c’est très généreux! C’est aussi un cadeau pour les pères: des spectacles gratuits, intelligents et drôles, une alternative aux looooongs repas de famille… C’est pas formidable ça?
– Ben… vu sous cet angle…
– Et puis dis donc Gégé, ce sont quand même aussi les meufs qui font les pères, non?
– C’est vrai que ce n’est pas faux! Alors bonne fêtes à toutes… et à tous!

Rue barrée

Photos: Camille Reynaud

Le festival Rue barrée: 5 ans d’engagement en faveur d’un art ouvert à tous qui s’affranchit des clivages sociaux et intergénérationnels

L’association Rue barrée organise un festival de théâtre de rue éponyme à Lourdes (Hautes-Pyrénées) chaque mois de septembre depuis 2013. Cette année, elle innove avec une journée dédiée aux femmes autour de quinze spectacles féminins et, comme toujours, gratuits.

Car son mot d’ordre est l’accessibilité à l’art pour tous.

Son but principal est d’organiser des événements culturels gratuits dans l’espace public. Pourquoi? Car les arts de la rue symbolisent la culture populaire, ils sont une invitation faite au public, ne nécessitent pas de démarche volontaire mais vont à sa rencontre… Cette proximité offre des perspectives d’échanges et de partages au-delà des clivages sociaux et générationnels. Ils font réfléchir, questionnent, pour dire que l’art est l’affaire de tous.

– Présentation par le site de de Rue barrée

La programmation éclectique privilégie cependant la qualité et la diversité et s’efforce de proposer une majorité de spectacles tous publics.

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Festival Rue barrée, Tarbes, 17 juin 2018 – © Camille Reynaud

L’intermède musical proposé par l’association mahoraise Fleurs de Vanille l’illustre bien. Interprété par les femmes et les enfants, le « déba » mêle danses et chants traditionnels mahorais au rythme des percussions.

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Fleurs de Vanille, Festival Rue barrée, Tarbes, juin 2018 – © Camille Reynaud

La part égale, un « seule-en-scène de théâtre et d’humour sur l’égalité des sexes »

La part égale était mon coup de coeur de l’édition 2017. Ce « seule-en-scène de théâtre et d’humour sur l’égalité des sexes », porté par la La D’âme de compagnie, est une pièce écrite, mise en scène et interprétée par la géniale Chloé Martin.

Chloé Martin
Chloé Martin, Festival Rue barrée, Tarbes, juin 2018 – © Camille Reynaud

Synopsis :
Il ne lui reste plus qu’à fermer le dernier carton.
Enfin ce n’est pas vraiment « il », en fait c’est « elle ».
Elle préfère que les mots soient justes, surtout au sujet du sexe.
Et dans le genre elle aime bien scotcher les clichés pour faire la part des choses.
Alors en attendant de retrouver son chat pour quitter son appartement, elle dresse l’état des lieux dans sa société. C’est l’histoire d’une femme qui déménage.

Intention
Prendre la parole pour dénoncer les préjugés et les comportements sexistes présents dans notre société est un sujet sérieux auquel Chloé Martin veut prêter sa voix.
L’idée est d’en rire finement avec poésie et franc parlé. Jouer avec les mots en faisant résonner leur sens et leur sonorité. Et si être un « garçon manqué » c’était également être une « fille réussie » ?

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Chloé Martin, La Part égale, Festival rue barrée, Lourdes, septembre 2017. © Camille Reynaud

En 1h30, Chloé Martin parvient à déconstruire les mots (à l’aide de son Larousse qui aurait d’ailleurs pu être blonde ou brune) et les stéréotypes de sexe. Tout en faisant ses cartons, elle fait le tri dans les idées et bouscule, dans son déménagement, celles qui sont préconçues. Elle joue aussi bien avec les mots qu’avec son corps, et le résultat est absolument jubilatoire. Un outil pédagogique ludique à mettre sous les yeux et dans les oreilles de toutes et de tous, dès le plus jeune âge!

Toutes les informations sur ce spectacle et les autres projets de la D’Âme de compagnie (dates, outils pédagogiques,…) sont disponibles sur le site La Part égale.

Ce spectacle annonçait la couleur du thème général choisi par le festival pour son édition 2018.

Cette année, Chloé Martin et La d’âme de Cie proposaient un nouveau spectacle: Faut s’tenir questionne les normes sociales que l’on s’impose à force de se les voir imposer. « Il faut s’tenir » à l’école, ne pas trop chahuter, être poli.e. « Il faut s’tenir » en société, bien présenter, quitte à jouer la carte de l’hypocrisie. « Il faut s’tenir » en famille, ne pas faire de scandale lors d’un mariage alors que la mariée est en train de subir un rituel humiliant. « Il faut s’tenir » à table, ne pas se goinfrer, manger proprement. Il faut même se tenir – littéralement! – le corps: sortir les seins, se cambrer, rentrer le ventre, éviter de s’affaisser, veiller à ne pas montrer ses fesses quand on s’assoit,…

Cette grande d’âme de compagnie questionne notre rapport au sentiment de culpabilité, en interprétant plusieurs personnages avec beaucoup d’humour et de sensibilité. Il y sera question de nourriture, de sexe, de consommation, de longueur de jupe, de manipulation, de plaisir, de croyance, de morale… et de moral.

Faut s’tenir, La Dame de Cie, d’après le programme de Rue Barrée.

Je souhaite avec cette pièce, questionner, faire (sou)rire le spectateur/acteur et par ce biais, l’amener à réfléchir sur sa propre condition pour mieux s’affranchir des codes «moraux».

La dernière séquence de cette pièce met en scène l’absurdité de la manière dont sont jugées les victimes de viol, à travers un procès insensé fait envers une femme « coupable d’avoir été violée ». Voici quelques phrases que j’ai notées à la volée à propos des phénomènes de dissociation et de culpabilisation tels que Chloé Martin les décrit: « Elle pense. Elle pense qu’elle se ment. Pansement. » ; « elle est coupable, c’est-à-dire qu’elle a été coupée en deux » ; « ma cliente s’est tenue à se tenir ».

Retour sur les autres spectacles de l’édition 2018: Rue barrée fête les meufs!

  • ConsidérationS, compagnie Madame Riton, texte de Cyrille Atlan interprété par Axelle Farrugia et Antoine Johannin

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Axelle Farrugia et Antoine Johannin, Tarbes, 17 juin 2018. © Camille Reynaud

Dans ConSidérationS, il y a Elle et il y a Lui.
Elle, c’est Dominique, femme parmi toutes les femmes.
Lui, c’est Cécil, homme parmi tous les hommes.
Tous deux se questionnent sur leurs con ditions.
Et si tout partait du ‘Con’ ? (de cunus, la vulve)
Est-ce une insulte ou le dôme divin ?
Un fossé saccagé ou le calice du désir ?
Dominique se con fie, Cécil ‘la con pagne’…
C’est pas simple, mais c’est pas pire !
Sans con cession ces deux-là vous baladeront avec verve et poésie dans leur univers cocasse.
​Voici une tendre invitation à soulever les jupes froissées de ces dames.
Un p’tit temps, ensemble, pour essayer de con prendre.

Madame Riton Cie

Moi qui adore les jeux sur les mots, j’ai été servie! Le duo offert par Dominique, « femme parmi toutes les femmes », et Cécil « homme parmi tous les hommes » se joue des normes sociales et des injonctions à se conformer aux stéréotypes de genre et de sexe, dans un monologue de femme qui devient un dialogue entre une femme et un homme afin de réfléchir et décloisonner le masculin et le féminin. D’emblée, les spectateurs sont séparés en deux groupes: les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. C’est absurde, et c’est efficace. Ainsi, Cécil prend à parti les hommes, Dominique les femmes, puis l’inverse. Dominique et Cécil s’interrogent sur leurs prénoms, mixtes, et sur leur identité, moins clairement définie que cette séparation opérée au sein du public. Parfois, la comédienne devient Cécil, le comédien devient Dominique. Cette polyphonie adaptée d’un monologue de femme permet de faire résonner ce texte et cette réflexion chez tous les genres confondus.

Considérations écrit par Cyrille Atlan, auteure tarnaise, est un monologue, une parole de femme. Un questionnement à voix haute. Une déclamation folle. Il s’agit là de faire entendre le texte différemment. De le porter à deux voix. Celle d’une femme et celle d’un homme. En 2015, alors avec la complicité d’Arnaud Pépin et la bénédiction de Cyrille Atlan, Axelle Farrugia travaille à l’adaptation du texte, au partage de ce monologue. Une parole d’homme émerge dans celle de la femme. « Le décalage entre le support féminin du discours et les locuteurs féminin et masculin crée une certaine distanciation. La polyphonie de ConSidérationS s’inscrit de plein pied dans cette démarche. Il n’est pas forcément plus simple d’être un homme qu’une femme ET c’est à travers ce texte tellement féminin que je souhaite le montrer.

Pourquoi le théâtre de rue est-il des plus adapté à cette démarche? Car « l’intimité exposée sur la place publique est interrogées comme espace social ». D’ailleurs le spectacle se sous-titre lui-même comme un « Duo intime pour espaces publics ».

Il me semble pertinent de faire entendre dans la rue, lieu témoin de toutes les dominations, cette parole de femme, d’auteure contemporaine. En 2016, j’invite Christelle Lehallier à m’aider dans les prémices de la mise en rue du propos. Ensemble, nous avons cherché à confronter cet infiniment intime à l’espace public, à transcender la question Homme/ Femme pour la poser en terme Masculin/Féminin, en utilisant les archétypes du genre pour mieux les déjouer et repenser « L’autre sexe » comme constitutif de toute individualité.

Une pétillante con versation vers une con version des idées !

Pour tout savoir sur cette compagnie, les prochaines dates de spectacles et les autres projets en cours, rendez-vous sur le site de la Madame Riton Cie.

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Compagnie de l’Hyppoféroce – Tarbes, 17 juin 2018 – © Camille Reynaud

Trois femmes,  travaillent dans une batterie à poulets.
Ce jour-là, elles tombent sur un œuf. La poule chétive et ridicule qui en sort va bouleverser leur chaîne et leurs habitudes. Elles vont, chacune à leur manière, tenter de sauver leurs restes d’humanité en choyant les rêves de cette pauvre poule épuisée.
« D’abord il-y-avait l’œuf. Ou la poule? Et puis, il fallait une victime. Le monde moderne l’a désignée : la poule et toute sa batterie. Depuis qu’elle a endossé ce rôle, elle ne va pas très bien; la poule. Alors elles, les sœurs Poulardovski, avec l’aide de leur cher Fiodor(Dostoïevski), elles ont décidé d’en sauver une. Poule. Et l’œuf alors? Et bien c’est un rêve, l’œuf. Tout fragile comme sa coquille. Oui, Madame! Alors l’œuf ou la poule ? Cococococotttt Codex……. »

Rêves d’une poule ridicule.

Inspiré du Rêve d’un homme ridicule de Fiodor Dostoïevski, de La ferme des animaux de Georges Orwell et des Dix stratégies de manipulations de masse de Noam Chomsky, ce spectacle très engagé de marionnettes et de masques livre, dans le langage universel des sons, des gestes et des mimiques, une satyre de la surconsommation et de la surproductivité caractéristiques de l’agro-industrie contemporaine.

Parler de la « malbouffe » et de la surconsommation aux enfants était pour nous une gageure. Nous voulions nous y confronter car nous considérons que notre travail artistique a du sens, à partir du moment où il rejoint celui de citoyens hommes et femmes engagés face au monde dans lequel nous vivons. Décortiquer notre assiette, c’était porter un regard parfois cru sur la société moderne.

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Rêves d’une poule ridicule – Tarbes, 17 juin 2018 – © Camille Reynaud

Cette poule pourrait être une métaphore de la femme, cette « poulette » que l’on appelle « ma poule » et dont on dit aussi qu’elle doit « passer à la casserole »… Et dont l’émancipation s’accomplit à travers ses rêves et ses combats, et les efforts mis en oeuvre pour les réaliser.

Ridicule car petite, déplumée, inconnue pour une bonne partie de la planète. On mange du poulet sans trop savoir d’où il vient comme on gobe des idées sans trop savoir qui les a pondues. Ridicule car maigre, molle, idiote, inintéressante sans épice, ni cuisson. Notre poule ne fera pas un rêve, mais plusieurs. Ceux-ci seront salvateurs et l’amèneront jusqu’à l’envol. Car nous ne pouvions envisager, par égard à notre cher Fiodor, une aventure sans une échappée finale lumineuse.

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L’envol de la poule ridicule – © Camille Reynaud

Pour tout savoir sur cette compagnie, les prochaines dates de spectacles et les autres projets en cours, rendez-vous sur le site de la Compagnie de l’Hyppoféroce.

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A.L.C.O.O.L – Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

A.L.C.O.O.L questionne l’alcoolisme au féminin et ses représentations sociales à travers une adaptation scénique du texte Alcool de Marguerite Duras. Les deux comédiennes et fondatrices de la compagnie Tungstène Théâtre, Céline Riesen et Chloé Hervieux, portent à haute voix une autre inégalité à laquelle on ne pense pas: « c’est laid, une femme qui boit ». De même qu’une femme à la sexualité débridée est souvent considérée comme une traînée, une femme qui se rend seule dans un bar est (et l’était encore plus à l’époque de Marguerite Duras) mal perçue. Si l’addiction, a fortiori l’alcoolisme, est une maladie, une atteinte physique et psychologique, elle se double d’une marginalisation sociale encore plus radicale pour les femmes que pour les hommes. Elles finissent par se cacher: se cacher pour boire, se cacher pour souffrir.

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A.L.C.O.O.L – Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

Les deux comédiennes sont absolument épatantes: outre le fait qu’elles s’enfilent chacune trois litres de grenadine – du moins, j’ose espérer pour elles que ce n’était que de la grenadine ou autre boisson pourpre non alcoolisée – en moins d’une heure sans se pisser dessus avant la fin de la représentation, elles titubent et vomissent leur texte avec une précision redoutable, fichant leurs mots incisifs dans l’esprit des spectateurs et spectatrices. Aussi efficacement que si elles les criblaient des tessons des verres et des bouteilles qu’elles ne cessent de briser en même temps que les tabous autour de l’alcoolisme au féminin.

Un délicieux détour par les chemins escarpés d’un tabou: l’addiction au féminin… Si le sujet est très sérieux, le spectacle, lui, saura vous faire rire autant qu’il vous tourneboulera! Ce texte de Marguerite Duras questionne et surprend, tel un uppercut au foie! Sans jugement ni morale… c’est drôle, émouvant, renversant!

Programme Rue barrée.

  • AE – Les années, Groupe Tonne, à partir des textes d’Annie Ernaux
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AE – Les années, Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

Le roman oscille entre des descriptions de photos décrivant l’auteur, prises entre 1941 et 2006, et une peinture de l’époque à laquelle ces photos ont été prises à travers les souvenirs qui se sont gravés dans l’esprit de l’auteur, choisis pour leur pertinence sociologique. Le roman brasse 60 ans d’histoire commune avec le récit de l’existence unique de l’auteur, mais l’auteur met à distance celle qu’elle fut par l’usage de la troisième personne. Son histoire est personnelle, impersonnelle et collective. A. Ernaux renouvelle le genre de l’autobiographie.

Les années, article Wikipédia

Sous-titré « Traversée de l’oeuvre de Annie Ernaux », AE – Les années nous fait traverser les âges de la vie de l’auteure, de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence, ainsi que les villes où elle a vécu, et, au sens propre, la ville dans laquelle se joue la pièce. Ce spectacle renoue ainsi avec la tradition du théâtre de rue qui se déplace de lieu en lieu avec son public, un moyen efficace de l’impliquer dans le coeur du propos, de le sensibiliser à ce qu’il voit et entend. L’essence même du théâtre de rue favorise la transmission et la réception.

L’une des comédiennes a d’ailleurs profité d’un déplacement pour expliquer à celles et ceux qui marchaient autour d’elle la valeur de l’oeuvre d’Annie Erneaux et l’intention qu’elle et les autres membres de la troupe ont souhaité donner à la pièce.

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AE – Les années, Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

Il s’agit d’une chronique retraçant la vie de Annie Ernaux, de 1940 à nos jours, qui mêle sa vie intime et personnelle aux grands bouleversements sociaux du siècle : libération de la femme, avortement, arrivée de la modernité, mai 68, découverte de la sexualité et ascension sociale.

AE – Les années

Chacun.e peut s’identifier à cette femme incarnée tour à tour par trois comédiennes qui la racontent de concert avec un narrateur. Les trois comédiennes et le comédien ont également pris un petit temps, une sorte d’apparté, après la mise en scène d’un douloureux épisode d’avortement, pour discuter avec le public de ce sujet. L’occasion pour une spectatrice, la soixantaine, de partager sa propre expérience. Un très beau moment d’échange mutuel.

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AE – Les années, Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud
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AE – Les années, Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

En cohérence avec les objectifs du festival, cette pièce, malgré son contenu intense, reste accessible à toutes et à tous et s’adresse d’ailleurs en priorité aux jeunes.

AE-Les Années est un spectacle de la mise à nu, du déshabillement. Les comédiennes commencent en habits de tous les jours, se changent à vue pour incarner leurs personnages, puis se dévêtissent peu à peu pour finir en nuisette.

AE-Les Années est un spectacle qui vise à susciter le débat, à toucher, à troubler.

Ce spectacle s’adresse à tout le monde. Sans intéresser particulièrement les enfants, il ne les choquera pas, quant aux adolescents, ils sont aux premières lignes des enjeux portés par cette pièce (histoire des luttes d’émancipation, affirmation de son identité et de ses désirs, respect de son corps et mise en perspective des règles régissant notre société).

Annie Ernaux possède une manière franche, simple et directe, d’aller au cœur des choses, qui peut être crue mais qui n’est jamais obscène, qui rend ses écrits simultanément faciles à lire et forts à entendre, qui provoque de grandes émotions en rappelant à chacun des évènements qu’il a pu ou aurait pu vivre. Ses écrits ne sont pas tristes, violents ou nostalgiques, ils cherchent la lumière et la trouvent bien souvent.

 Nous souhaitons que AE-Les Années produise ces effets chez chaque spectateur.

AE – Les années

Les passages les plus poignants sont ainsi immédiatement suivis d’une plaisanterie de celui qui joue le narrateur, afin de contrebalancer le poids de certains propos, tout en ne le diminuant pas. Le public se caractérise d’ailleurs par sa diversité, renforcée par le fait que le spectacle s’est déplacé le long des murs d’une cité d’immeubles HLM, créant ainsi des spectateurs-trices malgré eux-elles.

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AE – Les années, Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

Ainsi, des enfants ont pu profiter du spectacle depuis leur balcon, ravis d’être salué.e.s par les comédien.ne.s.

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AE – Les années, Tarbes, 17 juin 2017 – © Camille Reynaud

Et toutes et tous ont pu être interpellé.e.s par le travestissement du narrateur, qui a lui aussi endossé les traits d’Annie Ernaux le temps d’une scène.

Et pour terminer la journée en fanfare 100% meuf, la compagnie Jacqueline Cambouis nous a offert un concert absolument barré: Mademoiselle Orchestra.

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Mademoiselle Orchestra, Tarbes, 17 juin 2018 – © Camille Reynaud

Ras le pompon du quotidien! Ces voisines déterminées ont sorti leurs instruments du placard afin de devenir de vraies femmes d’extérieur! Un concert rock déjanté, une équipée sauvage à l’autodérision jubilatoire!

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Ces 7 femmes sont non seulement des musiciennes talentueuses, mais également des humoristes de génie. Leur show coloré, musical, moqueur et burlesque – un régal tant pour les yeux que les oreilles – est absolument hilarant et a comblé tout le monde, tous sexes et toutes générations confondu.e.s.

Chacune incarne un stéréotype, associé à une couleur: la poupée barbie en rose, la nymphomane en bleu, la névrosée en violet, la rebelle en rouge, la hippie en orange, la garçon manqué hypersensible en vert, et la psychorigide en jaune. Et, de note en danse, elles les démontent en en poussant les caricatures à l’extrême.

A n’en pas douter le meilleur concert de ma vie!

Ceux que je n’ai hélas pu voir mais qui méritent aussi le coup d’oeil:

  • Las Polis, l’art burlesque à l’espagnole

Deux agentes de police tentent de mettre l’espace public sous contrôle… ou presque. Un spectacle hilarant, qui, mine de rien, en dit long sur nos obsessions sécuritaires. A voir… en tout état d’urgence.

Las PolisRue barrée

Comme Bigre dont je parlais dans un article antérieur, 12 rue de la joie interroge avec humour notre aptitude à vivre ensemble, à travers le regard d’une gardienne d’immeuble complètement barrée.

En faisant un tour sur le site de la compagnie Mungo, j’ai découvert que Gigi, Ghislaine Berthion de son vrai nom, la gardienne d’immeuble qui narre les chroniques du 12 rue de la joie, donnait également des conférences sur l’amour à travers la pièce Et mon coeur, c’est du poulet? à destination des jeunes.

Les injonctions mercantiles liées au sexe vont elles prendre toute la place de cerveau disponible ? Nous n’avons jamais été aussi libres d’aimer et pourtant le Produit d’Amour Brut s’écroule…

Compagnie Mungo

J’espère vous avoir donné envie de découvrir tous ces spectacles qui mettent à l’honneur les femmes, tant dans leurs thématiques qu’à travers leurs comédiennes, metteuses en scène ou créatrices.

La une de La dépêche du midi du 18 juin déclarait d’ailleurs que cette journée a permis de montrer que les femmes ne se contentent pas de procréer, mais savent créer!

Pour poursuivre l’aventure derrière votre ordinateur, davantage de photos des éditions 2017 et 2018 sont à découvrir sur mon portfolio Expose-moi si tu peux!

6 réflexions sur “Rue barrée fête les meufs! Le festival de théâtre de rue qui met à l’honneur les créatrices et les actrices… le jour de la fête des pères!

  1. Bravo pour cette magnifique journée
    Une belle exploitation de ce parc qui résonnait encore des échos de toutes ces voix sur le chemin du retour.
    que de talents chez toutes ces comédiennes et …comédiens
    Ils nous ont transportés dans leur univers de mots, d’idées et de réflexions
    Que d’émotions et bien sûr j’espère que l’aventure va continuer

    Aimé par 1 personne

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