« No jobs for cocks », la vidéo choc pour l’égalité salariale

L’inégalité salariale, une vieille rengaine féministe qui n’a plus lieu d’êtreSi seulement! Même si les écarts n’ont de cesse de diminuer, les inégalités salariales à poste et compétences égal-es sont hélas encore une réalité qui pénalise de nombreuses femmes.

Inégalités salariales en France 2000-2014

– Centre Hubertine Auclert, Vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, chiffres clés, édition 2017 (PDF).

Si les hommes ne travaillent pas avec leur pénis… pourquoi les femmes devraient être payées moins sous prétexte qu’elles n’en ont pas?

Des inégalités toutefois illégitimes puisque la seule différence entre un homme et une femme sont leurs attributs sexuels, or, jusqu’à preuve du contraire les hommes n’emploient pas leur penis pour travailler!

C’est le message que fait passer, en musique et avec beaucoup d’humour, le collectif allemand Oh you Women (Oh, vous les femmes) dans sa vidéo « No jobs for cocks » (Pas de travail pour les penis).

Paroles

A chief with is little tool / Wouldn’t make you drool, 
That’s what you’re going to say
A musician with is flute / Is probably of no use
He sucks, but he gets its pay
A pilot with his chopper / A manager with his pecker A judge with his hammer 
We don’t work with our member
We don’t do our jobs with our cocks
No, we don’t do our jobs with our cocks
A doctor curing the sick / With his fancy prick
Would end is brilliant career
A novel’s final draft / Written with a shaft
That wouldn’t be very clear
A technician with his rocket / An athlete with his rod
And a conductor with his stick
We don’t work with our dick
We don’t do our jobs with our cocks
No, you don’t do your job with our cock!

En français, ça donne:

Un chef avec son petit outil / Ne vous ferait pas saliver
C’est ce que vous vous diriez
Un musicien avec sa flûte / N’est sûrement d’aucune utilité
Il est nul, mais il se fait payer
Un pilote avec son hélico / Un manageur avec son capteur/ Un juge avec son marteau /
Nous ne travaillons pas avec notre membre
Nous ne bossons pas avec nos pénis
Non, nous ne bossons pas avec nos pénis
Un docteur qui opèrerait / avec son pénis même sophistiqué
Mettrait fin à sa brillante carrière
La chute d’un roman / Ecrite avec un manche
Ne serait pas très lisible
Un technicien avec sa fusée / Un athlète avec sa barre
Un chef d’orchestre avec sa baguette
Nous ne travaillons pas avec nos braguettes
Nous ne bossons pas avec nos pénis
Non, vous ne bossez pas avec vos pénis !

Le choix des mots est très soigné : « outil », « flûte », « manche », « capteur », « marteau », « membre », « fusée », « barre », « baguette » sont autant d’outils qui renvoient symboliquement à l’attribut masculin. Encore plus explicitement, « pecker » signifie « palpeur, capteur » mais aussi « pénis », de même que « prick » se traduit autant par « piqûre » que par « pénis » (ou « connard »).

Si l’abus de pénis peut être dangereux pour l’égalité, il est ici brillamment détourné: le résultat est tout simplement génial.

Sous-titré « Aussi absurde que les écarts de salaires, mais plus drôle à regarder » (As absurd as the pay gap, but more fun to look at), le clip, derrière son rythme entraînant et ses personnages enjoués et souriants, souligne le ridicule des arguments justifiant les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes. Tandis qu’une voix de femme chante, des hommes incarnant divers métiers défilent, leurs  pénis roses fièrement exhibés contrastant avec leurs silhouettes en noir et blanc. Car les protagonistes de cette vidéo ne sont pas tant les hommes eux-mêmes que leurs attributs. Le refrain « We don’t do our jobs with our cocks », c’est-à-dire « Nous ne faisons pas notre travail avec nos pénis » résume bien le propos de cette chanson. Laquelle se conclue sur cette si pertinente interrogation: « Si les hommes ne travaillent pas avec leur pénis… pourquoi les femmes devraient être payées moins sous prétexte qu’elles n’en ont pas? »

Ah, nous les femmes, on se pose de ces questions!

C’est que le mot d’ordre de Oh You Women est « Walking the walk starts with talking the talk », que l’on pourrait traduire par « en parler pour avancer ».

Capture d_écran 2018-06-16 à 09.45.24

Because having a good talk is a starting point, not only for resolution, but also revolution. So we set out to spread the word throughout the world and involve as many people as possible in a conversation. A conversation that forms an action in itself. The more we talk about it, the bigger the chances of people acting on it become. And this is where change happens.

– Oh You Women

« Car avoir une bonne conversation est un point de départ à la résolution mais aussi à la révolution. Ce collectif s’est donc constitué pour répandre le mot à travers le monde et impliquer autant de personnes que possible dans une conversation. Une conversation qui forme une action en soi. Plus nous parlons d’un sujet, plus les chances de voir les gens agir autour de ce sujet augmentent. Et c’est ainsi que le changement se produit. »

Lire ma réflexion sur la communication à partir de la pièce de théâtre Citrons citrons citrons citrons citrons

Overcoming clichés and connecting women over relevant topics, not status is what we stand for. And we invite everyone to join the conversation. OhYouWomen sets out to create a collective of likeminded individuals both – men and women – striving for quality, driven conversations that matter, be it in the social sphere, around a table, or just between two people.

Oh You Women invite les femmes comme les hommes à rejoindre ce mouvement pour remplacer les débats stériles par des conversations constructives. Il s’agit d’aller à l’encontre des stéréotypes, de se réunir autour de sujets pertinents et de montrer la légitimité des femmes à s’en saisir et à en discuter. Ce qui est exactement la raison pour laquelle j’ai commencé à écrire Contes de femmes qui comptent.

Il s’agit, finalement, de revendiquer le droit et la légitimité des femmes (à commencer par moi-même) à discuter de valeurs que j’estime primordiales.

A propos de Contes de femmes qui comptent

Le #talkthetalk de Juin 2018 porte donc sur l’égalité (en l’occurence l’inégalité) salariale, et démarre en trombe (et même en trombone) avec cette chanson.

Egalité formelle, égalité réelle: qu’est-ce que c’est ?

Grâce à l’évolution de l’arsenal législatif, les droits des femmes ont progressé en France d’un point de vue formel, c’est-à-dire juridiquement acté.  Mais en pratique, les inégalités persistent et les femmes demeurent victimes de nombreuses discriminations, tant dans la sphère professionnelle et publique que dans leur foyer, où s’exercent la majorité des violences sexistes et sexuelles. Un plan interministériel établi sur quatre ans (2016-2020) a donc été lancé pour promouvoir l’effectivité des droits, nécessaire pour atteindre une égalité réelle.

L’égalité professionnelle englobe l’égalité salariale, la conciliation des temps de vie professionnelle et privée, et la mixité des métiers.

Ainsi, même dans des secteurs comme celui de la fonction publique où les salaires sont strictement égaux, d’autres facteurs de discriminations et donc d’inégalités interviennent. De nombreuses femmes fonctionnaires gagnent moins que leurs homologues masculins car elles sont davantage à occuper un poste à temps partiel pour pouvoir se consacrer, bien souvent, aux tâches domestiques.

Lire la B.D d’Emma « Fallait demander » sur la notion de charge mentale.

Comme si la charge – physique et mentale – ne suffisait pas en soi, elle peuvent s’accompagner de blagues caricaturales bien lourdes de type: « Chez nous, les tâches sont parfaitement réparties entre ma femme et moi: moi je les fais, et elle elle les nettoie! OHOHOH (rire bien gras). »

tenor-10

Les femmes occupent également moins de postes à responsabilité, soit parce qu’elles sont    délibérément écartées de par leurs éventuels projets de maternité (même quand projets il n’y a pas), ou par autocensure. Le tout contribuant au fameux plafond de verre susceptible de freiner voire de bloquer l’ascension professionnelle d’une femme.

Lors de la Semaine de l’égalité professionnelle (première semaine d’octobre), mes collègues et moi avons donc distribué des flyers expliquant ces nuances:

flyer-c3a9ga-pro-1flyer-c3a9ga-pro-2

Nous avons aussi disposé sur les plateaux du restaurant inter-administratif des sets reprenant les campagnes diffusées au cours de l’année 2017 pour l’égalité professionnelle à travers le monde (cliquez sur une image pour la voir en grand):

Les affiches de l’exposition « Images pour l’égalité », réalisée par la Direction régionale aux droits des femmes d’Île-de-France en 2017, ainsi que les autres outils précédemment évoqués, sont toutes visibles et téléchargeables sur le site ressource de la Délégation aux droits des femmes de la Seine-Saint-Denis: Campagnes du monde en faveur de l’égalité professionnelle.

Ah, nous les femmes… qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour réclamer – et obtenir! – nos droits!

Une réflexion sur “« No jobs for cocks », la vidéo choc pour l’égalité salariale

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s