Flama(ma)nts roses

Ce 23 mai, en prévision de la fête des mères, est sorti en salles le film éponyme de Marie-Castille Mention-Schaar. En mai 2016, c’est Mother’s Day (Joyeuse fête des mères) qui était à l’affiche. Ce sont néanmoins de deux autres films sortis plus tôt cette année, qui abordent aussi la relation mère-fille(s), dont je me propose de parler.

Lady Bird: petit oiseau rose deviendra grand

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Allociné

J’ai eu un gros coup de coeur pour ce drame américain sorti fin février 2018. J’ai une affection particulière pour Saoirse Ronan, la jeune actrice irlandaise dont le prénom signifie Liberté en gaélique. Un prénom tout à fait adapté à la plupart de ses rôles: révélée par Lovely Bones, elle est la survivante Hannah, la résistante des Âmes vagabondes, une rescapée des Chemins de la liberté, la lumineuse pâtissière de The Grand Budapest Hotel et la superbe héroïne de Brooklyn. Celui d’adolescente qui aimerait s’affranchir de tous les codes et de tous les liens, même de ceux du sang, n’échappe pas à la règle. Passionnée d’art, elle souhaite intégrer une université new yorkaise pour étudier l’écriture, mais surtout fuir sa ville natale et s’émanciper de sa famille. Sa quête d’identité et d’indépendance se manifeste dans sa volonté de porter un nom qu’elle s’est elle-même choisi, et qui ne lui vient pas de ses parents: elle sera désormais Lady Bird.

Pour se réaliser, Lady Bird devient paradoxalement quelqu’un d’autre. Le film met en abime le caractère théâtral du personnage, et cette tendance à jouer un rôle pour se découvrir. Lady Bird voudrait être différente, anti-conformiste, mais cherche pourtant à s’intégrer, à avoir l’air « cool », et à expérimenter toutes les premières fois adolescentes. On la suit dans ce voyage initiatique vers le passage à l’âge adulte, à la fois drôle, tendre et périlleux.

Monomaniaque du rose des cheveux jusqu’au plâtre, Christine / Lady Bird est un personnage intéressant, au caractère affirmé, qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, et est bien résolue à vivre et à s’accomplir, mais auquel on puisse facilement s’identifier: de par ses « imperfections » physiques (les boutons d’acné de l’actrice sont volontairement laissés visibles), ses rêves, ses défis quotidiens, ses péripéties amoureuses, ses relations d’amitié.

Et, surtout, son rapport à sa mère. Car ce film aborde ce moment de crise qu’est le passage de l’enfance à l’adulte sous le prisme du regard maternel. Au-delà du portrait d’une jeune femme en devenir, ce que conte Lady Bird, c’est une relation mère-fille.

Une relation dans toute sa vulnérabilité, faite de conflits plus ou moins houleux, mais finalement fondée sur beaucoup d’amour. Un amour que ni la mère ni la fille ne parviennent cependant à exprimer. L’une souhaite s’en aller, l’autre a peur de voir son enfant quitter le nid. Il faut dire que son fils ainé (le grand frère de Christine), malgré son diplôme d’ingénieur fraîchement délivré par une université réputée, ne parvient pas à trouver du travail et vit chez ses parents avec sa petite-amie.

Jusqu’au moment du départ, les sentiments tus et refoulés ne cessent de générer des disputes. Christine ne se sent pas soutenue dans ses choix ; sa mère essaie de joindre les deux bouts et ne comprend pas les ambitions artistiques de sa fille. Le film s’ouvre pourtant sur un moment de grande complicité. C’est qu’elles s’aiment, se respectent, s’admirent et comptent beaucoup l’une pour l’autre, mais ne savent pas se le dire.

Une scène est particulièrement emblématique de cette relation. A l’approche du bal de promo de Christine, elles fouillent toutes deux dans une boutique de vêtements de seconde main. Alors qu’elle essaie une robe pour laquelle elle a eu un coup de foudre, la réaction de sa mère l’irrite. Elle aimerait qu’elle lui dise qu’elle est belle, plutôt que de souligner les défauts de sa tenue en balançant un « elle est très rose, non? » ô combien sceptique. Vexée, elle se braque alors, tandis que sa mère essaie de se rattraper avec une excuse de type « tu préfèrerais que je te mentes et que je dises que ça te va même si je trouve ça hideux? ».

police du style
coucou la police du style

Et là, je nous ai reconnues, ma maman et moi, qui nous entendons par ailleurs à merveille mais ne pouvons nous empêcher de nous quereller pour des broutilles. Je me suis reconnue dans ce besoin de l’assentiment, de l’aval de nos mères, qui concluent par un « après tout, fais comme tu veux » alors que nous sommes désormais convaincues de ne ressembler à rien, sinon à un gros sac endimanché dans des goûts vestimentaires laissant à désirer.

poussinjaune

joeystyle
Comment ça je ne sais pas m’habiller?

Parfois, leurs mots dépassent leurs pensées et franchissent les bornes. Car on ose tout dire aux personnes qui nous aiment le plus, tout simplement parce que l’on sait qu’elles nous pardonneront toujours. C’est donc du plus injuste paradoxe qu’une fille est la plus à même de blesser sa mère et inversement.

Alors que l’une veut juste être appréciée à sa juste valeur, et l’autre ne souhaite qu’une chose: que sa fille devienne « la meilleure version possible d’elle-même » (« I want you to be the very best version of yourself that you can »).

Lady Bird, avec beaucoup de justesse, filme ainsi la rupture puis le retour à la communication, à la compréhension et, finalement, à la réconciliation.

Ladybird est aussi le titre d’un film de Ken Loach de 1994 sur le parcours d’une mère pour récupérer la garde ses quatre enfants. Le Lady Bird de 2018 relate, lui, le combat d’une mère et de sa fille pour se retrouver avant même de s’être quittées.

Larguées, l’opération sauvetage de Camille Cottin et Camille Chamoux à bord de flamant-rose

Rose et Alice sont deux sœurs très différentes. Rose est libre et rock n’roll. Alice est rangée et responsable. Elles ne sont d’accord sur rien, à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère, fraîchement larguée par leur père pour une femme beaucoup plus jeune. La mission qu’elles se sont donnée est simple « sauver maman » et le cadre des opérations bien défini : un club de vacances sur l’Ile de la Réunion…

Allociné

Camille Cottin et Camille Chamoux, qui se donnent souvent la réplique sur les planches parisiennes, sont cette fois réunies par Héloïse Lang autour de Miou Miou dans une comédie loufoque haute en couleurs: rose bouée flamant-rose, bleu des mers du sud, rouge coup de soleil et soirée « blanche ».

Gags et quiproquos s’enchaînent pour 1h40 de rire et d’émotion. Les personnages secondaire, qui reprennent les stéréotypes Club Med pour mieux les démonter, sont parfaitement improbables et attachants. L’animatrice blonde toujours à côté de la plaque qui s’avère avoir fait HEC mais s’y être ennuyée, le barman qui séduit au tarif famille, l’animateur qui simule l’accent antillais pour faire plus « typique », et le prof d’aquagym chétif et moustachu dont toutes les tentatives de drague tombent à l’eau (alors que le mec NE SAIT PAS NAGER).

écureil surf
où sont les feeemmes

J’ai eu un coup de coeur pour le personnage de Félix, l’enfant qui comprend trop bien les choses, et sa relation avec Rose (Camille Cottin), l’adulte irresponsable qui s’attache non pas, comme on aurait pu s’y attendre, au père, mais au fils. Avec ses grands sabots (palmes seraient plus de circonstance), elle débarque dans leur vie, embarque Félix dans des plans plus foireux les uns que les autres, et apprend autant de l’enfant (sinon plus) que l’enfant n’apprend d’elle. Cet enfant est juste génial, et leur duo aussi tendre qu’hilarant.

Rose, Alice et François profitent de ces vacances pour prendre du recul sur leurs vies et leurs attentes. Avant d’être l’histoire de deux soeurs et de leur mère, c’est l’histoire de trois femmes qui prennent le temps de se retrouver. Des femmes qui redeviennent enfant en présence de leur mère, une mère qui redevient femme aux yeux de ses filles.

Ce qui s’annonçait être une opération « sauvons maman » se transforme finalement en thérapie collective. Larguées au milieu de l’océan indien, Alice, Rose et Françoise parviennent pourtant à éviter le naufrage familial: les deux soeurs renouent non seulement avec leur mère, mais aussi entre elles, et avec elles-mêmes.

largué
Tout est bien qui flotte bien

2 réflexions sur “Flama(ma)nts roses

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