De Lagaan à Cro Man: quand David affronte Goliath sous supervision féminine ⚾

Je cultive une certaine passion pour les histoires où un personnage passe du statut de blaireau à celui de héros ultra badass pour combattre l’injustice du monde (vis-à-vis de soi ou des autres, je ne suis pas difficile). Genre Peter Parker dans Spiderman, ou Charlie (<3) dans The Perks of being a Wallflower.

charlie
Oh mais oui je t’aime toi

Ces histoires me mettent du baume au cœur: tout semble possible avec un peu de bonne volonté, les bonnes rencontres, les bons méchants dont les têtes à claques stimulent l’apparition de nouveaux héros, et les bons pouvoirs magiques.

Quand l’échelle du personnage s’étend à celle d’un groupe, c’est encore mieux. Comme dans Pitch Perfect, une histoire d’amitié déjantée sur fond de compétitions de chant ac capella (ce n’est pas toujours très fin comme Amy La Baleine, j’en conviens, mais j’adore).

blaireau
regardez-moi ces jolis blaireaux si bien synchronisés

Alors quand je tombe sur un film où un groupe d’outsiders parvient à s’imposer contre des insiders grâce aux conseils bien avisés d’une femme, je suis AUX ANGES.

anges
non pas ceux-là

Lagaan, épopée indienne contre l’injustice

C’est d’ailleurs grâce à une rencontre de ce type que je me suis découvert un amour (sélectif) pour le Bollywood. Lors de l’édition 2013 du festival de cinéma de Pessac (non loin de Bordeaux), mes camarades de prépa et moi avons eu la joie, que dis-je, le bonheur absolu, de découvrir le film Lagaan sur grand écran.

Si les 3h40 annoncées sur le programme auraient pu au premier abord nous rebuter, nous avons été bien avisé.e.s de suivre les bons conseils de notre prof d’histoire, qui nous l’avait chaudement recommandé.

Quel spectacle! Moi qui suis folle de comédies musicales et de compétitions épiques, j’ai été servie! Lagaan (2001) est un film dramatique sportif indien, réalisé par Ashutosh Gowariker et produit par Aamir Khan, qui incarne aussi le rôle principal. L’action se déroule en 1893 dans un village indien sous occupation britannique. Chaque année, les villages de la province de Champaner doivent s’acquitter du lagaan, un impôt colonial sur leurs récoltes de céréales. Mais en 1893, les pluies tardent et les villageois se savent incapables de payer l’impôt: leurs maigres récoltes ne suffisent même pas à les nourrir, et envisagent un délai. Or le chef de la garnison locale, le capitaine Russel (un bon gros c****** si vous voulez mon avis), décide au contraire de doubler le lagaan, les plongeant dans le désespoir en plus de la famine. Révolté par la situation, Bhuvan, un jeune villageois, relève le défi lancé par le capitaine anglais: si lui et son équipe d’Indiens bat celle des colons britanniques au cours d’un match de cricket, sa province sera exonérée du lagaan pendant trois ans. S’ils perdent, en revanche, l’impôt sera non pas doublé, mais triplé. D’abord récriée, l’initiative de Bhuvan finit par porter ses fruits: il constitue une équipe composée de tous les volontaires, quelles que soient leur religion, leur caste ou leur condition physique, et entreprend de les entraîner. L’affaire n’est pas mince: si les Indiens sont aujourd’hui mondialement reconnus pour leur maîtrise de ce sport, ils partaient alors de rien.

Où sont les femmes là-dedans, vous demandez-vous? En effet, même si Bhuvan intègre un Intouchable (c’est-à-dire un individu considéré par la société indienne comme hors caste et conséquemment affecté à des fonctions ou métiers jugés impurs) dans son équipe, point de femme à l’autre bout de la batte. Elles participent néanmoins activement à l’effort de guerre (fabrication de l’équipement, ravitaillement) et soutiennent le moral des troupes. En particulier la mère de Bhuvan, qui le conforte dans le bien fondé de cette folle entreprise, ainsi que Gauri, une jeune villageoise.

Mais si je souhaitais vous parler de ce film (outre ses merveilleuses chorégraphies/chansons et son potentiel feel-good) c’est aussi parce que si cette équipe de bras cassés (littéralement pour certains) sans expérience mais pleins de bonne volonté parvient à faire quelque chose, c’est en grande partie grâce à Elizabeth Russel. Révoltée par le comportement de son frère (vous l’aurez compris: ce cher capitaine Russel), elle décide de venir en aide aux villageois et s’improvise coach officielle de cricket de la province de Champaner. Ce n’est pas à elle que revient le crédit de leur lutte héroïque, mais elle y contribue, et, surtout, elle incarne une femme qui n’a pas peur de casser les codes: ceux de son rang d’aristocrate britannique, ceux qui définissent la relation colon-colonisé, ceux induits par son statut de femme. Fine connaisseuses des règles et de la pratique du cricket, elle transmet son savoir et endosse la responsabilité de conduire une équipe vers la victoire ou la défaite. Et ce à l’encontre de son propre frère, et en dépit de l’interdiction formelle qu’il lui oppose.

La « femme » du colon qui aide les colonisés à vaincre l’envahisseur? Un juste retour du bâton!

Cro Man, retour aux origines féminines (ou presque) du ballon rond

Plus récemment, j’ai pu voir au cinéma le film d’animation Cro Man. Comme je ne laisserais passer pour rien au monde une création réalisée par Nick Park (à qui l’on doit notamment Chicken Run), j’ai foncé dès sa sortie en salles, sans même savoir de quoi il en retournait.

Il en retournait justement, entre autres, des coups de pieds retournés.

couppiedretourné
ho ho ho ce que je suis drôle

Cro Man relate en effet, comme Lagaan, une version de David contre Goliath, en adoptant cette fois-ci un angle préhistorique et une lucarne footbalistique.

Chassés de leur territoire par le Seigneur Noze (douce allégorie du colon), à la tête d’un empire de fer, les derniers représentants de l’âge de pierre risquent l’exil et l’extinction. Doug (doublé par Eddie Redmayne en VO et Pierre Niney en VF, deux raisons très objectivement suffisantes d’aller voir ce film) se refuse à abandonner son village à ce sort. Lorsqu’il découvre que les inventeurs du foot, aujourd’hui sport vénéré par l’empire du fer, ne sont autres que leurs ancêtres, il décide de lancer un défi au Seigneur Noze: si les joueurs de la tribu de pierre parviennent à vaincre ceux de l’empire du fer (au passage champions en titre), ils récupèreront leur territoire de plein droit. Cette fois, tous les villageois et toutes les villageoises mettent le pied à la pâte: la joueuse la plus colossale est d’ailleurs une femme.

Mais encore une fois, la victoire se joue grandement dans la contribution de Mona (doublée dans la version originale par la merveilleuse Maisie Williams, aka Arya Stark dans Game of Thrones), une citadine de l’empire du fer. Exceptionnellement douée au football et à juste titre contrariée de ne pouvoir faire partie de l’équipe de fer, elle s’entraîne chaque nuit en cachette dans le stade. Lorsqu’elle rencontre Doug, elle accepte de venir entraîner les cro men, jusqu’à faire intégralement partie de l’équipe.

De quoi mettre un bon coup de pierre pied dans les burnes de fer des préjugés !

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