« Dernier jour d’un(e) condamné(e) », la mise en scène au féminin d’un plaidoyer viscéral pour la liberté et la dignité humaine

Dans le tome 2 de la Trilogie du Tearling, j’ai été assez dérangée par la décision de l’héroïne (dont je vantais les qualités de leader dans le tome 1) de condamner à mort des prisonniers, après de longues délibérations avec elle-même. Et, qui plus est, de les condamner sans autre forme de procès.

Or son geste est en grande partie motivé par des enjeux politiques: contenter la vengeresse soif de sang du peuple et lui fournir un exutoire par des exécutions publiques.

L’un des arguments en faveur de l’abolition de la peine de mort est justement son caractère éminemment politique. Ici, elle est instrumentalisée pour calmer la vindicte populaire et renforcer le pouvoir d’une dirigeante auprès de son peuple afin de le fédérer en vue de la guerre à venir. La peine de mort peut aussi être un outil de répression des opposants ou une manière de purger les populations dites indésirables, bref, de sanctionner (dans tous les sens du terme) de manière radicale une justice arbitraire qui n’a de justice que le nom.

qu'on lui coupe la tête
« Qu’on lui coupe la tête! » ou l’exemple par excellence d’une exécution arbitraire

Pourquoi suis-je farouchement opposée à la peine de mort?

Pour découvrir l’ensemble des arguments justifiant la nécessité d’abolir la peine de mort à travers le monde, je vous invite à visiter cette page: Pourquoi abolir la peine de mort?

  • La peine de mort est un outil politique: elle est instrumentalisée comme outil de vindicte populaire, elle est utilisée comme outil de pression entre pays, ou comme moyen de répression au sein d’un pays
  • La peine de mort n’est pas utilisée que pour les crimes de sang ou les crimes considérés comme « les plus graves »

Si je suis aussi acquise à la cause abolitionniste (en dehors du fait qu’il ne pourrait en être autrement au vu de mes convictions profondes), c’est que j’ai eu le privilège d’oeuvrer concrètement pour la cause lors d’un stage de quelques mois à Ensemble contre la peine de mort (ECPM). Cette ONG française est référante en la matière: elle organise des congrès mondiaux et régionaux (au sens mondial du terme: la « région » Asie, la « région » Moyen-Orient,…),  coordonne des projets avec les acteurs locaux dans de nombreux pays qui appliquent encore la peine de mort, et mène de nombreuses actions de sensibilisation et d’éducation, notamment auprès des jeunes.

Le dernier jour d’une condamnée

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J’ai assisté à la représentation de cette pièce en avril 2016, à l’occasion d’une journée organisée par ECPM.

Pour avoir fait du théâtre, j’admire particulièrement la capacité de comédiens et de comédiennes à assumer des rôles-monologues. Je n’ai pas été déçue: la performance seule-en-scène de Florence Le Corre-Person était saisissante, brutalement émouvante. Elle envahissait la scène de sa présence. Une scène, d’ailleurs, au décor minimaliste, reflet du dénuement inhérent à la condition carcérale. Le corps, affaibli, trouve pourtant la force de se lever, tantôt porté par la colère, tantôt survolé par l’espoir. Il hurle son sentiment d’injustice, puis, résigné, courbe sous le poids de l’impuissance. La tirade finale, violemment délivrée, laisse la comédienne et le public sans souffle, tandis que la condamnée, elle, pousse son dernier souffle.

Photos © Camille Reynaud

Construire une pièce autour d’un personnage unique et de son monologue est un procédé dramatique propre à l’introspection et à l’analyse des sentiments humains. C’est le format adéquat pour respecter l’esprit de l’oeuvre originale. En effet, ce monologue est directement (mais librement) inspiré de la nouvelle Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo (texte intégral disponible ici). Il met en scène, en mots et en sentiments le récit introspectif d’un homme sur le point d’être exécuté, à ceci près que cette fois-ci il s’agit… d’une femme. Certes, le message promu par Victor Hugo, grand défenseur des droits humains et partisan de la cause abolitionniste, est à vocation universelle. Mais envisager ce texte et son contexte au féminin est une manière d’aborder autrement la question de l’émancipation de femmes soumises à toutes sortes de prisons, ou encore celle des féminicides. Sans compter que l’univers des centres pénitentiaires pour femmes est relativement méconnu.

Où voir cette pièce?

D’autres adaptations ont plus récemment poli les planches parisiennes (mais pas que):

  • Condamnée, une mise en scène de Vincent Marbeau, portée par Betty Pelissou. Actuellement à Paris au Laurette Théâtre, puis cet été à Avignon.
  • Le dernier jour d’un condamné. Interprétation féminine, une version dirigée par Cédric Coppola et interprétée par Pauline Smile. Elle s’est jouée à Paris, au Théâtre du Nord-Ouest et à L’Auguste Théâtre jusqu’à février 2018 ; elle se jouera le 20 mai à l’Iran ASC à Créteil (billets ici), puis à Marseille.

pauline smile cedric coppola

Avec cette adaptation Pauline Smile et Cédric Coppola livrent un combat plus que jamais nécessaire qui, au-delà du réquisitoire contre la peine de mort, revendique le droit des femmes à débattre de valeurs primordiales.

(Extrait de la critique de ProjecteurTV.com, à lire ici)

Je dirais même, plus que le droit, la légitimité intellectuelle des femmes, comme de quiconque, à débattre de valeurs fondamentales !

2 réflexions sur “« Dernier jour d’un(e) condamné(e) », la mise en scène au féminin d’un plaidoyer viscéral pour la liberté et la dignité humaine

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