Rencontre avec Robin Hobb, sommité américaine de la Fantasy

 

© Camille Reynaud

Ai-je encore une fois manqué le Salon du Livre de Paris? Oui. En suis-je frustrée? Bien évidemment! Mais cette année, j’ai pu me rattraper grâce à un goûter-rencontre-dédicaces organisé ce 21 mars par la fantastique (dans tous les sens du termes) bibliothèque Rainer Maria Rilke, spécialisée dans les littératures de l’imaginaire et située dans le 5e arrondissement de Paris.

Capture d’écran 2018-03-22 à 23.04.45.png

Capture d_écran 2018-03-22 à 23.11.09

béatitude
la gratitude

L’ensemble des participants a ainsi été invité à échanger avec cette immense pointure (au moins du 48, faite sur mesure) de la fantasy, principalement connue pour son cycle de L’Assassin Royal, mais aussi celui des Aventuriers de la mer et de La cité des anciens. L’autrice américaine s’est prêtée au jeu des questions-réponses, tantôt posées oralement par le public, tantôt transmises par post-it (très bonne idée d’ailleurs, pour que les plus timides osent eux aussi se lancer!).

Entretien (collectif) avec Robin Hobb

« Envisagez-vous une adaptation de vos romans au cinéma ou à la télévision? »

C’est sa fille Kathleen (« Kat ») qui a répondu à cette question, en tant que responsable communication de sa mère. Elle a expliqué que l’écrivaine préférait attendre que toutes les sagas soient terminées avant de penser à les adapter, afin de respecter la cohérence de l’oeuvre. En effet, les sagas de Robin Hobb sont interconnectées, et se rejoignent à travers des personnages communs et des événements croisés. Il est important pour elle, s’il y a adaptations, qu’elles soient fidèles aux livres, retransmettent leur « âme » et surtout respectent la chronologie de l’ensemble. Ceci exigerait donc un travail conjoint entre l’autrice et les éventuels scénaristes. Et a priori, elle préfèrerait une adaptation en série plutôt qu’en film: une série, par son format, permet de mieux approfondir les personnages et de ne pas dénaturer une intrigue qui s’étend sur des dizaines de tomes. Et si toutes ces conditions ne peuvent être respectées, ajoute-t-elle, pas de problème: les livres se suffisent à eux-mêmes, et resteront de bons livres !

« N’avez-vous pas l’impression de maltraiter vos personnages, comme George R. Martin? »

Au contraire, ils sont très libres! Selon elle, il arrive toujours un moment où ses personnages s’autonomisent et font leurs propres choix. Certains d’entre eux prennent de l’importance au fur et à mesure de l’intrigue, comme le Fou. Elle dit leur laisser prendre la place dont ils ont besoin.

« Pourquoi écrire? »

Elle s’est mise à écrire quand elle a eu fini de lire les livres que contenait la bibliothèque de ses parents. Le genre d’histoires qu’elle souhaitait écrire? Tout simplement celles qu’elle aurait voulu lire.

Pour chaque histoire, il y a une multitude de fins possibles. L’une des tâches les plus difficiles d’un.e romancier.e, c’est de terminer une histoire, de choisir une fin parmi tant d’autres.

« Où préférez-vous écrire? »

« Pas sur la terrasse avec un verre de vin! » Elle n’a jamais eu de lieu dédié à l’écriture, comme un bureau. Elle dit écrire partout, « partout où elle peut écrire », tout le temps, dans ce qu’elle appelle les « temps du quotidien » ou « temps interstitiels »: dans les salles d’attentes, dans les transports,… Elle profite de tous ses instants de libres pour écrire, par nécessité, notamment quand il s’agit de concilier création et vie de famille. Elle rappelle que même s’il s’agit d’un art, c’est avant tout un métier, et qu’il « faut s’y mettre » pour obtenir des résultats! Ecrire exige de l’assiduité et de la persévérance. Elle conserve d’ailleurs chez elle un dossier très épais de lettres de refus d’éditeurs, souvenirs de ses débuts, lorsqu’elle tentait de se faire publier. Il faut s’entraîner et beaucoup écrire avant de parvenir à pondre quelque chose susceptible d’intéresser les éditeurs, affirme-t-elle. Bref, conclue-t-elle, si elle avait dû chercher un lieu idéal pour écrire, elle chercherait encore!

« Comment maintenir une cohérence narrative sur des cycles aussi longs, en écrivant par à-coups dans des temps interstitiels? »

Lorsqu’elle reprend ses notes et retape tout à l’ordi, elle réajuste tout. Elle utilise également des aides-mémoire : notamment une frise chronologique pour s’assurer de la cohérence des événements entre chaque cycle, de l’âge des personnages, etc., ainsi qu’un glossaire des noms propres.

« Certains thèmes sont récurrents dans votre oeuvre, comme la place des femmes ou des minorités dans la société. Est-ce un parti pris? »

Elle répond qu’elle aime raconter de bonnes histoires, et que les histoires parlent de personne, d’individus. Donc l’être humain est nécessairement au coeur de ce qu’elle raconte. Mais elle assure ne pas écrire pour une cause particulière ou pour prodiguer des leçons de morale.

I like to tell a good story, and stories are about people

D’ailleurs, pour elle, les ingrédients d’un récit réussi tiennent principalement aux personnages: une histoire commence avec un personnage, et le processus d’identification fait partie intégrante du plaisir de lecture. Un personnage fort contribue à une histoire forte. D’ailleurs, à une auditrice qui lui demande comment elle parvient à créer des personnages aussi haïssables, elle avance la volonté de faire ressentir aux lecteurs tous les sentiments plus ou moins contradictoires que peuvent éprouver ses héros et héroïnes. Toujours à propos des personnages, elle explique que si elle s’est rapidement détournée des romans pour enfants, c’est justement parce qu’elle aime beaucoup trop découvrir des nouvelles facettes de ses personnages au fil de l’eau, digresser, développer leurs personnalités. Or, les récits pour enfants se concentrent davantage sur l’intrigue que sur la complexité identitaire des personnages.

« La fantasy, pour vous, c’est quoi? »

D’où qu’elles viennent, si les histoires célèbres de la Fantasy le sont autant, c’est parce qu’elles sont universelles et transfrontalières. La Fantasy est une littérature qui relie le monde, elle rassemble des contes du monde entier. De par son universalité: « il était une fois », un lieu imaginaire, des peuples montés de toutes pièces (c’est le cas de le dire pour les orques de Tolkien, qui ont l’air d’avoir été modelés par un Docteur Frankenstein sous acide), elle parle à tout le monde: la Fantasy « conte le monde ».

J’en ai moi aussi profité pour lui poser une petite question:

« Pourquoi écrivez-vous sous différents pseudonymes? »

A writer’s name is a brand.

Un nom de plume, c’est comme une marque. Sur les conseils de ses agents et éditeurs, elle applique le principe « un genre (littéraire), un nom ». Son véritable nom est Margaret Astrid Lindholm Ogden, mais elle a commencé à écrire sous le pseudonyme de Megan LindholmQuand elle a dévié de la littérature jeunesse, et pour distinguer son nouveau cycle des précédents, elle a opté pour un nouveau pseudonyme, celui de Robin Hobb. Ainsi, tandis que Megan Lindholm est associée à de la fantasy urbaine (où des créatures légendaires, féeriques ou mythologiques évoluent dans un milieu urbain, plus ou moins moderne et technologique), Robin Hobb correspond à de la fantasy plus traditionnelle, épique, à la Tolkien.

A venir: un article sur ces formidables autrices que l'on prend trop souvent pour des hommes à cause de noms de plumes 
(volontairement) ambigüs.

Et pour finir, quelques questions plus prosaïques:

« Votre livre préféré? »

Le Seigneur des Anneaux, s’il ne fallait en citer qu’un!

« Si vous possédiez le Vif et pouviez communiquer avec des animaux, que choisiriez-vous? »

Les chiens! Elle adorerait pouvoir comprendre ce qu’il se passe dans la tête des siens! Et c’est vrai que l’on retrouve pas mal de loups dans L’Assassin royal

« Avec lequel de vos personnages aimeriez-vous aller dîner? »

Surtout pas Fitz! (rires). Avec Dame Patience, ou Ambre. Quant à ce qu’elle aime manger: « tout! » répond-t-elle. Je l’aurais bien invitée au resto, moi…

chien béat
Je vous laisse sur une fidèle reproduction de mon humeur béate

Plus d’infos sur le site officiel de Robin Hobb.

3 réflexions sur “Rencontre avec Robin Hobb, sommité américaine de la Fantasy

  1. Camille, un grand merci pour votre présence, votre enthousiasme, ce bien beau retour et ces jolies photos ! 🙂 Nous avons adoré nous aussi, et sommes ravis que ayez pris du plaisir à ce moment. Et à tout bientôt !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s