Des séries et des femmes: une exposition sur les héroïnes de séries

Cette exposition a été réalisée dans le cadre de mon service civique à la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes de la Seine-Saint-Denis, et inaugurée le 8 mars 2018 à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Tous les contenus et outils pédagogiques sont disponibles sur le site dédié.

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A travers l’écran, la frontière entre fiction et réalité s’amincit, et ouvre le champ des possibles: il n’y a qu’un pas à franchir pour devenir l’héroïne de ses rêves!
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(c’est une métaphore hein, ne faites pas comme Alice, foncer tête baissée vers un miroir, un mur (coucou Harry) ou une télé est fortement déconseillé pour la santé)

A partir d’un panel non exhaustif d’héroïnes, cette exposition entend promouvoir des rôles féminins forts dans les œuvres de fiction audiovisuelles afin d’améliorer les représentations des femmes, de lutter contre les stéréotypes et les inégalités de genre et de sexe.

Les enjeux de la promotion des femmes dans le panorama audiovisuel

Cette volonté répond à plusieurs constats :

  • 1er constat : une représentation ambigüe des femmes dans le panorama audiovisuel.

En 2016, le Comité de Surveillance de l’Audiovisuel (CSA) publiait une étude sur les stéréotypes féminins véhiculés dans les programmes TV, dont les séries de fiction. Malgré une présence croissante de personnages féminins dans le panorama audiovisuel, ces personnages restent encore aujourd’hui relativement stéréotypés. Cependant de plus en plus de séries ont pour titre le nom d’un protagoniste féminin, ou celui d’un groupe de femmes, ce qui est significatif.

  • 2e constat : le monde audiovisuel peut fournir un vivier de rôles-modèles féminins.

Il est important de proposer aux jeunes filles et aux femmes des héroïnes auxquelles elles puissent s’identifier, et qui soient sources d’inspiration et de motivation.

  • 3e constat : les productions audiovisuelles sont un levier intergénérationnel d’éducation à l’égalité.

Les enjeux de l’identification à des personnages féminins, tant pour les filles que pour les garçons, tant pour les femmes que pour les hommes, sont les suivants : lutte contre les stéréotypes de genre, lutte contre le harcèlement et toute forme de domination sexuelle, promotion de l’égalité.

Or la télévision est un support de divertissement hautement collectif : soit directement, en regardant un programme à plusieurs, soit indirectement, par le biais de discussions autour des programmes visionnés. Lorsque la pratique est familiale, elle peut impliquer un échange intergénérationnel.

L’importance des rôles modèles

jason ratliff

On ne naît pas héroïne, on le devient

Le concept de rôle modèle développé par le sociologue américain Robert Merton renvoie au phénomène d’apprentissage par l’imitation. Il ne faut pas comprendre le « rôle modèle » au sens moral ou vertueux du terme : un modèle n’est pas parfait, mais il constitue un exemple, une inspiration, une sorte de guide initiatique. Le rôle modèle n’est donc pas forcément une idole dotée de superpouvoirs, mais une source d’inspiration. Même si l’on identifie le rôle modèle à une forme d’idéal à atteindre, pour pouvoir s’identifier à elle/lui il faut qu’elle/il soit accessible. Ainsi, un rôle modèle efficace est avant tout un être humain, une personne avec ses failles et ses défauts, dans laquelle on puisse se reconnaître tout en souhaitant lui ressembler davantage. S’identifier à des rôles modèles permet de définir les contours de ses propres ambitions de vie et de personnalité, puis, à son tour, de se présenter soi-même comme rôle modèle.

Or, les rôles modèles féminins ne manquent pas. Seulement, ils ne sont pas aussi valorisés que leurs homologues masculins. En effet, les manuels et programmes scolaires, en sciences et en histoire comme en lettres, mettent encore trop peu de femmes à l’honneur. Sur 3 348 personnages répertoriés dans les manuels scolaires, on décompte 2 676 hommes contre 672 femmes, soit une femme pour cinq hommes, selon deux études sur les représentations des femmes dans les manuels scolaires de mathématiques et d’histoire réalisées par le Centre Hubertine Auclert. Menées sur vingt-neuf manuels de mathématiques et onze d’histoire des filières tant générale que technologique, ces deux études font le même constat de la sous-représentation des femmes et de la persistance des représentations stéréotypées. Dans l’espace public, seulement 2% de rues portent le nom d’une femme en France, et moins de 20% des expert-e-s appelé-e-s à intervenir sur les plateaux de télévision, à la radio ou dans les journaux sont des femmes. Et sur 62 lauréats français d’un prix Nobel depuis 1901, on ne trouve que 3 lauréates. Bref, tout porte à croire que les femmes ayant accompli de grandes choses sont rares et font figure d’exception. Or l’exception intimide, paraît difficilement atteignable, et laisse penser qu’il faut être extraordinaire pour réussir. Ce qui est somme toute assez décourageant.

C’est pourquoi il est essentiel de promouvoir des modèles pluriels de femmes fortes et inspirantes, de souligner la diversité des forces et des qualités, de montrer des héroïnes du quotidien à la fois fortes mais accessibles.

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Orphan Black, ou l’éloge de la pluralité féminine. Mère au foyer, rebelle, détective, femme d’affaires, scientifique, meurtrière : Orphan Black a décidé d’explorer la diversité des femmes de façon assez littérale, puisque les héroïnes de la série sont toutes des clones d’un même modèle. Elles ont leurs défauts et leurs faiblesses, mais elles sont toutes incroyablement débrouillardes, unies par un lien inébranlable, et déterminées à se battre contre le groupe d’hommes qui les exploite à des fins scientifiques.

Des « modèles pluriels de femmes fortes et inspirantes » : c’est-à-dire ?

Des femmes fortes, pourtant souvent fragiles, parfois victimes, mais toujours battantes.

Quand on parle de femme forte, on ne se réfère pas exclusivement à des guerrières. C’est certes un aspect qui permet de s’extraire des visions stéréotypées de la femme faible et de la demoiselle en détresse, mais en faire le modèle dominant de l’héroïne peut suggérer qu’on valorise un certain type de force brute au détriment de qualités comme la compassion, la générosité, etc. Les héroïnes de cette exposition ne sont pas des tueuses impitoyables hyper-masculinisées, mais des battantes du quotidien : ce sont des femmes faillibles dont on peut entrevoir les fragilités, qui laissent place à l’émotion et à l’introspection, et qui osent se battre de toutes les façons.

Les personnages présentés dans cette exposition se battent par exemple pour leurs convictions, leurs droits et libertés, le bien-être de leurs proches, la réalisation de leurs rêves et ambitions, voire tout ça à la fois. Ces femmes témoignent de différents types de force: la force mentale (détermination, combativité, persévérance), la force morale (conviction, courage, amour, honnêteté, sens de la justice, sens de la solidarité), la force de prendre soin des autres, la force d’assumer son originalité ou sa différence, la force d’être indépendante et de maîtriser sa vie. Dans ce panel figurent aussi des femmes ambivalentes, qui peuvent être prêtes à tout pour réussir ou tout simplement survivre.

Les séries : un support intergénérationnel de sensibilisation

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Le choix a été fait de se limiter aux séries, plutôt qu’à l’ensemble des œuvres de fiction (films, livres,…), et de parler des modèles féminins forts et inspirants portés par ces séries.

Les séries ont l’avantage de montrer l’évolution des personnages sur le long terme, et de construire leur identité en profondeur, ce qui permet une meilleure identification des spectateurs.

Aujourd’hui très populaires (facilement accessibles, format court, sources de détente et/ou de socialisation), elles peuvent donc être utilisées comme support privilégié de sensibilisation aux droits des femmes.

Les Golden Globes 2018 ont d’ailleurs largement récompensé des séries (Big Little Lies, The Handmaid’s Tales, The Marvellous Mrs. Maisel) mettant à l’honneur des protagonistes féminins forts.

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You go girls!

Conclusion: si tu cherches une bonne raison de quitter ton canapé/lit tout en restant dans l’ambiance Netflix, cette expo n’attend que toi!

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Go go go !

Où la voir? L’exposition est actuellement affichée dans les préfectures de Paris et de la Seine-Saint-Denis, et pourra ensuite être prêtée à des établissements scolaires et/ou culturels à des fins pédagogiques.

Jusqu’à quand? Dans les préfectures de Paris et de la Seine-Saint-Denis: jusqu’à la fin du mois de mars.

Des articles sur la valeur de rôles-modèles des héroïnes de séries sont aussi disponibles sur Madmoizelle.com (une inspiration de tous les instants), tels que: Comment ces héroïnes de séries m’ont aidée à m’affirmer ou Ces héroïnes de séries télé féministes qui font plaisir à voir.

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this is how you’re supposed to feel then

 

Une réflexion sur “Des séries et des femmes: une exposition sur les héroïnes de séries

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